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Reflects on my personal experience of Gendlin's focusing
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09-02-2010

Focusing, écriture, conscient et inconscient

Gendlin a un modèle de la vie qui explique ce qu'est le focusing et l'écriture (ou de manière plus générale toute forme de symboles : mots, images, gestes etc.). Par la même occasion, il explique aussi ce que sont le conscient et l'inconscient, même si ces concepts ne sont pas à la base de son modèle.

Il considère que les relations que nous entretenons avec notre environnement sont constituées de processus d'interaction. Ces processus d'interaction peuvent être menés à bonne fin ou ne pas être menés à bonne fin. J'ai faim et ma faim implique le fait de manger, puis de digérer, de déféquer etc. Si je trouve à manger, ce processus se déroule jusqu'à sa complétion. Si je ne trouve pas à manger, le processus est interrompu, suspendu mais le fait de manger reste impliqué. Prenons un exemple moins dramatique : tu veux téléphoner au directeur de ton école, celui-ci est  absent, mais ton coup de fil continue à être impliqué.

Il y a des tas de processus d'interaction qui sont suspendus mais qui continuent à être impliqués (corporellement). Mieux, ils essayent à répétition d'exécuter le premier morceau de la séquence suivante. Ces processus sont entremêlés car une modification de l'un entraine une modification des autres.

Le focusing fait deux choses : (1) permettre un ressenti de ces processus de se former (=le sens corporel global) en y portant attention (2) lui permettre de s'ouvrir, de se déployer en reconstituant dans le corps ce qu'est la prochaine étape de cet ensemble entremêlé (et impliqué), et ce grâce à des symboles (par exemple l'écriture).

Le focusing est donc une interaction entre un ressenti d'une part et des symboles d'autre part. Est inconscient ce qui est impliqué sans se dérouler, sans avoir lieu. Est conscient le fait de combiner des symboles entre eux (la logique) et le fait de fait de faire émerger des symbôles dans la conscience au travers du processus du focusing. Tu peux écrire sur le mode de la logique ou laisser émerger une écriture du sens corporel.

 


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09-02-2010, 12:01:52
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08-02-2010

Sur le fil

Être funambule, ce n'est pas un métier, c'est une manière de vivre. Une traversée sur un fil est une métaphore de la vie : il y a un début, une fin, une progression, et si l'on fait un pas à côté, on meurt. Le funambule relie les choses vouées à être éloignées, c'est sa dimension mystique.

Pour moi, ca paraît tellement simple que la vie doit être vécue sur le fil. D'entretenir sa rébellion, de refuser de se conformer aux règles, de refuser son propre succès, de refuser de se répéter, de voir chaque jour, chaque année, chaque idée comme un réel défi. Ainsi, nous vivrons notre vie sur la corde raide.

Philippe Petit, Man on wire

 


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08-02-2010, 12:08:14
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07-02-2010

Toutes les nuits

Man on wire


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07-02-2010, 20:46:27
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Gaspard

Je suis venu, calme orphelin
Riche de mes seuls yeux tranquilles,
Vers les hommes des grandes villes :
Ils ne m'ont pas trouvé malin.

A vingt ans un trouble nouveau,
Sous le nom d'amoureuses flammes,
M'a fait trouver belles les femmes :
Elles ne m'ont pas trouvé beau.

Bien que sans patrie et sans roi
Et très brave ne l'étant guère,
J'ai voulu mourir à la guerre :
La mort n'a pas voulu de moi.

Suis-je né trop tôt ou trop tard ?
Qu'est-ce que je fais en ce monde ?
Ô vous tous, ma peine est profonde :
Priez pour le pauvre Gaspard.

Verlaine, Sagesse


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07-02-2010, 14:00:08
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04-02-2010

Humain trop humain

Le 3 janvier 1899 sur la piazza Alberto à Turin, Nietzsche se jette au cou d'un cheval fouetté violemment par son cocher et éclate en sanglots.


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04-02-2010, 17:01:29
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A L**

Soyez patient comme un malade, et confiant comme un convalescent : vous êtes peut-être l'un et l'autre. Bien plus : vous êtes aussi médecin et c'est à vous-mêmes que vous devez vous confier.

Rainer Maria Rilke, Lettres à un jeune poète.


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04-02-2010, 16:59:19
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03-02-2010

Doux-amer

Je suis toujours, malgré mon âge, un petit garçon hypersensible et par conséquent un inadapté.

Sache-le et vis avec cela aussi :-).

 


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03-02-2010, 23:45:04
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02-02-2010

Renaître de ses cendres

charred 1


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02-02-2010, 21:38:53
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The Book of Disquiet

"The traveling is the traveler itself. We do not see what we see; we see what we are… There is no other landscape beside our inner selves."

Fernando Pessoa, The Book of Disquiet

 


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02-02-2010, 21:34:43
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Ashes to Ashes


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02-02-2010, 21:33:47
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01-02-2010

Le malheur indifférent

Malheur indifférent 3


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01-02-2010, 19:15:03
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31-01-2010

Ajournement

 

Après-demain, oui, après-demain seulement…
Je passerai la journée de demain à penser à après-demain, et ainsi ce sera possible ; mais pas aujourd’hui…
Non, aujourd’hui pas moyen ; impossible aujourd’hui.
La persistance confuse de ma subjectivité objective, le sommeil de ma vie réelle, intercalé, la lassitude anticipée et infinie, un monde de lassitude pour prendre un tram… cette espèce d’âme…
Après-demain seulement…
Aujourd’hui je veux me préparer, je veux me préparer à penser demain au lendemain…
C’est lui qui est décisif.
J’ai déjà mon plan tracé ; mais non, aujourd’hui je ne trace pas de plans…
Demain est le jour des plans.
Demain je m’assieds à mon bureau pour conquérir le monde ; mais, le monde, je ne vais le conquérir qu’après-demain…
J’ai envie de pleurer, j’ai envie de pleurer tout d’un coup, intérieurement…

Ne cherchez pas à en savoir davantage, c’est secret, je me tais.
Après-demain seulement…
Lorsque j’étais enfant le cirque du dimanche m’amusait toute la semaine.
Aujourd’hui seul m’amuse le cirque dominical de toute la semaine de mon enfance…
Après-demain je serai autre.

Ma vie sera triomphale, toutes mes qualités de créature intelligente, cultivée, pratique, seront convoquées par voie d’arrêté - mais par un arrêté de demain…
Aujourd’hui je veux dormir, je le rédigerai demain.
Pour aujourd’hui, quel est le spectacle qui répéterait mon enfance ?
Même si c’était pour me faire acheter les billets demain, car c’est après-demain que le spectacle est bon… et pas avant…
Après-demain j’aurai l’attitude que j’étudierai demain.
Après-demain je serai finalement ce qu’aujourd’hui je ne saurais être d’aucune façon.
Après-demain seulement…
J’ai sommeil ainsi qu’a froid un chien errant.
J’ai sommeil infiniment.
Demain je te dirai les paroles, ou après-demain.
Oui, peut-être après-demain seulement…

L’avenir…
Oui, l’avenir…

Fernando Pessoa, Oeuvres poétiques d’Alvaro de Campos

 


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31-01-2010, 17:00:23
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29-01-2010

Blanchot

Exprimer cela seulement qui ne peut l'être.

Blanchot, L'attente l'oubli, page 27.


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29-01-2010, 16:52:06
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Aération : Gloomy Sunday


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29-01-2010, 15:23:13
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28-01-2010

Le jumeau minoritaire

Trainer sa tristesse comme un manteau ou un doudou que l'on tirerait derrière soi en le laissant trainer par terre.

La sensation d'être un jumeau minoritaire et l'impression d'avoir peut-être été affamé à dessein.


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28-01-2010, 13:35:28
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Dégel

Dégel en moi.

Cet iceberg intérieur, ce souffle prisonnier dans une cage thoracique n'ont eu d'autre fonction que d'empêcher que la tristesse ne me submerge.

Lorsque la glace se brise, les marcheurs s'enfoncent dans l'eau froide, aspirés vers le fond, et il ne leur reste plus qu'à se débattre pour échapper à la noyade.


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28-01-2010, 13:34:00
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25-01-2010

Veiller sur son souffle

baby_sleeps


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25-01-2010, 21:29:14
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La folie Hatteras

The_Volcano_in_Journeys_and_Adventures_of_Captain_Hatteras_by_Jules_Verne 2

 

'A moi, l'histoire d'une de mes folies"
Rimbaud, Délires II


Pendant une semaine passée, je me suis comporté vis-à-vis du focusing comme un capitaine Hatteras à la conquête du pôle (dans le roman de Jules Verne), ce fut folie et plus rien ne  fonctionnait comme je le voulais.


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25-01-2010, 12:48:52
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23-01-2010

Descendre en soi


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23-01-2010, 11:04:52
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Sur un tableau de Kisling

Kisling 2


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23-01-2010, 11:03:00
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22-01-2010

Etre aimé

Etre aimé avec retenue
Etre aimé avec rigidité
Etre aimé dans un raidissement
Etre aimé avec mépris
Etre aimé par méprise
Etre aimé avec une moue dédaigneuse
Etre aimé parcimonieusement
Etre aimé comme un importun
Etre aimé du bout du bout
Etre aimé avec un air hautain
Etre aimé par une indisposée
Etre aimé de la commissure des lèvres
Etre aimé avec commisération

Etre aimé comme courtier en affaires
Etre aimé comme associé
Etre aimé comme pourvoyeur de fonds
Etre aimé comme force de production
Etre aimé comme consultant en entreprise

Etre aimé et se faire remettre au pas
Etre aimé et se faire rappeler à l'ordre
Etre aimé et s'entendre répondre sèchement
Etre aimé et se voir expliquer pour la centième fois
Etre aimé et se faire mettre les points sur les i
Etre aimé et être sommé de donner des explications
Etre aimé et se faire mettre à la question
Etre aimé et se voir demander des éclaircissements
Etre aimé et être invité à une mise au point
Etre aimé et se faire signifier une bonne fois pour toute.


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22-01-2010, 20:18:18
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Pommes pourries

 

1. Etre dans ce ressenti.

2. L'Etre est réel

3. L'Etre à la fois nous dépasse et nous traverse. Je ne vis pas, je suis vécu. 

4. Ramasser des pommes pourries, des fruits tombés par terre.

 


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22-01-2010, 20:16:21
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En marche

chronophoto1


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22-01-2010, 20:15:51
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Lettre

1. L'homme déploie son essence de telle sorte qu'il est le "là", c'est-à-dire l'éclaircie de l'Etre. Cet « être » du là, et lui seul, comporte le trait fondamental de l'ek-sistence, c'est-à-dire l'in-stance extatique dans la vérité de l'Être.

2. L'Etre est le plus proche. Cette proximité toutefois reste pour l'homme ce qu'il y a de plus reculé.

3. [L'Etre] est, en tant qu'il est élément, "force tranquille" du pouvoir aimant, c'est-à-dire du possible.

Heidegger, Lettre sur l'humanisme.


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22-01-2010, 20:10:42
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21-01-2010

Le courage

Et maintenant, après avoir été ainsi longtemps en chemin, nous, les Argonautes de l'Idéal, plus courageux peut-être que ne l'exigerait la prudence, souvent naufragés et endoloris, mais mieux portants que l'on ne voudrait nous le permettre...

Nietzsche, Le Gai Savoir, Livre cinquième



Qu'est-ce que c'est que le courage ? Peut-être une attitude consistant à affronter l'adversité et qui a pour conséquence de développer en nous la capacité de pouvoir affronter la prochaine fois un peu plus d'adversité ... Comme celle qui consiste à s'imposer de marcher alors que le vent glacial nous dévore le  visage, à développer une familiarité avec cette morsure jusqu'au moment où elle nous devient supportable et développe en nous une plus grande santé ?


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21-01-2010, 18:07:42
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Une autre compagnie

Quand je suis seul, je n'ai pas le sentiment de l'être. J'ai l'impression de toucher à quelque chose de différent, de très proche, de fondamental avec lequel je suis profondément en accord. Une autre compagnie.


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21-01-2010, 17:30:57
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Habiter

"Si l'homme doit un jour parvenir à la proximité de l'Être, il lui faut d'abord apprendre à exister dans ce qui n'a pas de nom. [...]. Avant de proférer une parole, l'homme doit d'abord se laisser à nouveau revendiquer par l'Être et prévenir par lui du danger de n'avoir, sous cette revendication, que peu ou rarement quelque chose à dire. C'est alors seulement qu'est restituée à la parole la richesse inestimable de son essence et à l'homme l'abri pour habiter dans la vérité de l'Être".

Lettre sur l'humanisme, in Questions III, p.82.


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21-01-2010, 17:30:21
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Sa vérité

Refuser d'écrire sa vérité, c'est quelque part nier, étouffer une partie de soi-même ; il n'y a pas de développement personnel possible sans vérité.

Il faut du temps pour apprendre à dire à cette vérité mais il y a des moments où l'on s'aperçoit qu'on ne peut plus y couper.


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21-01-2010, 17:26:30
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19-01-2010

Aller à sa rencontre

Si quelque chose (ou quelqu'un ou une partie de moi) est en détresse à l'intérieur de moi, je suis le seul à pouvoir aller à sa rencontre, lui tendre la main, le sauver de la noyade.


(Ce blog est d'un drôle :-)).


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19-01-2010, 16:15:48
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Wilbur Mercer

Wilbur Mercer


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19-01-2010, 16:15:19
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18-01-2010

L'Aleph

La connaissance d'un fait suffit pour percevoir sur-le-champ une suite de traits qui le confirment, insoupçonnée auparavant ; je m'étonnai de ne pas avoir compris jusque-là que Carlos Argentine était un fou. Tous ces Viterbo, d'ailleurs... Beatriz (je le répète moi-même fréquemment) était une femme, une enfant d'une clairvoyance presque implacable, mais il y avait en elle des négligences, des distractions, des dédains, de véritables cruautés qui peut-être demandaient une explication pathologique. La folie de Carlos Argentine me combla d'un bonheur pervers ; dans notre for intérieur nous nous étions toujours détestés.

Arrivé rue Garay, la bonne me pria de bien vouloir attendre. Monsieur était, comme toujours, à la cave, en train de révéler des photographies. Près du vase sans une fleur, sur le piano oublié, le grand portrait de Beatriz, gauchement peint, souriait, plus irréel qu'anachronique. Personne me pouvait nous voir ; dans un élan désespéré au tendresse, je m'approchai du portrait et lui dis :

– Beatriz, Beatriz Elena, Beatriz Elena Viterbo. Beatriz chérie, Beatriz à jamais perdue, c'est moi, Borges.

Carlos entra peu après. Il parla sèchement; je compris qu'il n'était pas capable d'une autre pensée que de la perte de l'Aleph.

– Un petit verre de ce pseudo-cognac, ordonna-t-il, et tu te fourreras dans la cave. Tu sais, le décubitus dorsal est indispensable. De même que l'obscurité, l'immobilité, une certaine accommodation de l’œil. Tu te coucheras sur le pavé et regarderas fixement la dix-neuvième marche de cet escalier opportun. Je m'en vais, je baisse la trappe et tu restes seul. Au bout de quelques minutes, tu verras l'Aleph. Le microcosme d'alchimistes et de cabalistes, notre ami concret, proverbial, le multum in parvo.

Une fois dans la salle à manger il ajouta :

– Naturellement, si tu ne le vois pas, ton incapacité n'annule pas mon témoignage... Descends ;  d'ici peu tu pourras engager un dialogue avec toutes les images de Beatriz.

Je descendis rapidement, car j'en avais assez de ses paroles futiles. La cave, guère plus large que l'escalier, ressemblait beaucoup à un puits. Je cherchai vainement du regard la malle dont Carlos Argentino m’avait parlé. Des caisses remplies de bouteilles et des sacs en toile embarrassaient l'un des angles. Carlos prit un sac, le plia et le plaça à un endroit précis.

– L'oreiller est médiocre, expliqua-t-il ; si je le soulève d'un seul centimètre, tu ne verras rien et tu seras tout penaud. Étale sur le sol ta grande carcasse, et compte dix-neuf marches.

J'obéis à ses ridicules instructions. Finalement il s'en alla. Il referma la trappe avec précaution ; j'avais l'impression que l'obscurité était totale, malgré une fente que je distinguai ensuite. Tout à coup, je compris le danger que je courais : je m'étais laissé enterrer par un fou, après avoir bu un poison. Les bravades de Carlos trahissaient la terreur intime que je ne visse pas le prodige ; Carlos, pour défendre son délire, pour ne pas savoir qu'il était fou, devait me tuer. J'éprouvai un malaise confus, que j'essayai d'attribuer à la rigidité et non à l'action d'un narcotique. Je fermai les yeux, les ouvris. Alors je vis l'Aleph.

J'en arrive maintenant au point essentiel, ineffable de mon récit ; ici commence mon désespoir d'écrivain. Tout langage est un alphabet de symboles dont l'exercice suppose un passé que les interlocuteurs partagent ; comment transmettre aux autres l'Aleph infini que ma craintive mémoire embrasse à peine ? Les mystiques, dans une situation analogue, prodiguent les emblèmes : pour exprimer la divinité, un Perse parle d'un oiseau qui en une certaine façon est tous les oiseaux ; Alanus ab Insulis, d'une sphère dont le centre est partout et la circonférence nulle part ; Ézéchiel d'un ange à quatre visages qui se dirige en même temps vers l'Orient et l'Occident, le Nord et la Sud. (Je ne me rappelle pas vainement ces analogies inconcevables ; elles ont un rapport avec l'Aleph.) Peut-être les dieux ne me refuseraient-ils pas de trouver une image équivalente, mais mon récit serait contaminé de littérature, d'erreur. Par ailleurs le problème central est insoluble : l’énumération, même partielle, d'un ensemble infini. En cet instant gigantesque, j'ai vu des millions d'actes délectables ou atroces ; aucun ne m'étonna autant que le fait que tous occupaient le même point, sans superposition et sans transparence. Ce que virent mes yeux fut simultané : ce que je transcrirai, successif, car c'est ainsi qu'est le langage. J'en dirai cependant quelque chose.

A la partie inférieure de la marche, vers la droite, je vis une petite sphère aux couleurs chatoyantes, qui répandait un éclat presque insupportable. Je crus au début qu'elle tournait ; puis je compris que ce mouvement était une illusion produite par les spectacles vertigineux quelle renfermait. Le diamètre de l'Aleph devait être de deux ou trois centimètres, mais l'espace cosmique était là, sans diminution de volume. Chaque chose (la glace du miroir par exemple) équivalait à une infinité de choses, parce que je la voyais clairement de tous les points de l'univers. Je vis la mer populeuse, l'aube et le soir, les foules d'Amérique, une toile d'araignée argentée au centre d'une noire pyramide, un labyrinthe brisé (c'était Londres), je vis des yeux tout proches, interminables, qui s'observaient en moi comme dans un miroir, je vis tous les miroirs de la planète et aucun ne me refléta, je vis dans une arrière-cour de la rue Soler les mêmes dalles que j'avais vues il y avait trente ans dans le vestibule d'une maison à Fray Bentos, je vis des grappes, de la neige, du tabac, des filons de métal, de la vapeur d'eau, je vis de convexes déserts équatoriaux et chacun de leurs grains de sable, je vis à Inverness une femme que je n'oublierai pas, je vis la violente chevelure, le corps altier, je vis un cancer à la poitrine, je vis un cercle de terre desséchée sur un trottoir, là où auparavant il y avait eu un arbre, je vis dans une villa d'Adrogué un exemplaire de la première version anglaise de Pline, celle de Philémon Rolland, je vis en même temps chaque lettre de chaque page (enfant, je m'étonnais que les lettres d'un volume fermé ne se mélangent pas et ne se perdent pas au cours de la nuit), je vis la nuit et le jour contemporain, un couchant à Quérétaro qui semblait refléter la couleur d'une rose à Bengale, ma chambre à coucher sans personne, je vis dans un cabinet de Alkmaar un globe terrestre entre deux miroirs qui le multiplient indéfiniment, je vis des chevaux aux crins denses, sur une plage de la mer Caspienne à l'aube, la délicate ossature d'une main, les survivants d'une bataille envoyant des cartes postales, je vis dans une devanture de Mirzapur un jeu de cartes espagnol, je vis les ombres obliques de quelques fougères sur le sol d'une serre, des tigres, des pistons, des bisons, des foules et des armées, je vis toutes les fourmis qu'il y a sur la terre, un astrolabe persan, je vis dans un tiroir du bureau (et l'écriture me fit trembler) des lettres obscènes, incroyables, précises, que Beatriz avait adressées à Carlos Argentino, je vis un monument adoré à Chacarita, les restes atroces de ce qui délicieusement avait été Beatriz Viterbo, la circulation de mon sang obscur, l'engrenage de l'amour et la transformation de la mort, je vis l'Aleph, sous tous les angle, je vis sur l'Aleph la terre, et sur la terre de nouveau l'Aleph et sur l'Aleph la terre, je vis mon visage et mes viscères, je vis ton visage, j'eus le vertige et je pleurai, car mes yeux avaient vu cet objet secret et conjectural, dont les hommes usurpent le nom, mais qu'aucun homme n'a regardé : l’inconcevable univers.

Jorge Luis Borges, L'Aleph

Copié/collé de :

http://opus-all.paris.iufm.fr/littecompa/borges/aleph_d.htm

 


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18-01-2010, 20:40:33
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Tout est dit


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18-01-2010, 20:39:52
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16-01-2010

Le vent de la chose

1.

Marcher vers une étoile, rien d'autre.

2.

Si le courage de la pensée vient d'un appel de l'Etre, ce qui nous est dispensé trouve alors son langage.

3.

Dès que nous avons la chose devant les yeux et que notre coeur est aux écoutes, tendu vers le verbe, la pensée réussit.

4.

Nous ne parvenons jamais à des pensées. Elles viennent à nous.

5.

La pensée demeure exposée au vent de la chose.

6.

Quel homme, aussi longtemps qu'il fuit la tristesse, pourrait être jamais touché par un souffle vivifiant ?

7.

La douleur dispense sa force de guérison, là où celle-ci est la moins soupçonnée.

8.

Tout courage qui remplit le coeur est la réponse à une touche de l'Etre qui rassemble notre pensée et l'unit au jeu du monde.

Dans la pensée toute chose devient solitaire et lente.

Dans la patience mûrit la grandeur.

Qui pense grandement, il lui faut errer grandement.

9.

Le dire de la pensée n'arriverait à s'apaiser et ne retrouverait son être que s'il devenait impuissant à dire ce qui doit rester au-delà de la parole.

Une telle impuissance conduirait la pensée devant la chose.

 

Heidegger, L'expérience de la pensée, in Questions III et IV

 


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16-01-2010, 11:11:51
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Haïti

Haïti 2


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16-01-2010, 11:09:58
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Instructions 1

 

1. S'asseoir

2. Fermer les yeux

3. Sentir l'un après l'autre les différents points d'appui sur la chaise ou sur le sol

4. Respirer pendant une ou deux minutes comme si l'air rentrait par les narines, te traversait tout le corps et te sortait par les pieds

5. Lorsque tu te sens prêt(e), à ton aise, porter ton attention sur la zone comprise entre la gorge et le bassin et ce pendant quelques minutes.

6. Si l'attention se détourne, revenir à la zone comprise entre la gorge et le bassin.

7. Lorsqu'un ressenti (tension, pression, facilité ou difficulté de respirer amplement,...) s'est formé dans la zone comprise entre la gorge et le bassin, le décrire à voix haute.

8. Rester quelques minutes avec ce ressenti.

 


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16-01-2010, 11:09:32
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Piqures de moustiques

L'oppression mentale totalitaire est faite de "piqures de moustiques et non de grands coups sur la tête".

Viktor Klemperer, Journal


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16-01-2010, 07:33:08
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14-01-2010

Kane

Je suis confronté à un problème que je ne parviens pas à résoudre : trop composite, trop de tenants, trop d'aboutissants, trop d'imbrications, trop d'interrelations, trop de questions mal posées, en travers ou en forme de culs de sac.

Lorsque j'évoque ce problème (ou, pour être plus exact : lorsqu'il s'empare de moi), je le ressens physiquement, il a une façon très précise de tenir le thorax en tenaille, il prend forme dans le corps, il s'y débat, il y cherche une issue.

Je sais qu'un jour (dans une semaine, dans trois mois,...), ce ressenti s'ouvrira et une solution émergera, complètement construite, semblable à un alien surgissant des entrailles de l'officier Kane (en moins douloureux heureusement :-)).


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14-01-2010, 15:59:14
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13-01-2010

Cheminer

Attendre
Attendre que
Attendre que quelque chose prenne forme
Quelque chose d'à peine palpable
Quelque chose de diaphane
Attendre sans attendre quoi que ce soit
Une façon d'être là
Avancer tout doucement pieds nus dans l'obscurité
Laisser ses yeux s'habituer à la pénombre
Laisser la nuit s'installer

Nous avons désappris la disponibilité
L'ouverture
L'attente
La pure présence
Le rester-avec-cela
La préséance
L'ennui
Qui peut vraiment dire l'expérience de l'ennui
De l'attente de la présence

Nous nous rencontriions pour la première fois
Et cependant nous sommes restés un long moment face à face
Sans rien dire
Laissant le temps à quelque chose d'indéfini
Offrant la possibilité à quelque chose d'inhabituel
De minoritaire, d'inattendu
De prendre forme

Suivre le fil
Avancer dans un labyrinthe sans forme et sans couleur
Un terrain boueux
Quelque chose dd'inconfortablement et de délicieux
Ecouter une respiration d'abord imperceptible
Un souffle
Rester sur ce chemin
Un exercice d'équilibriste confiant
(J'ai une certitude en moi)
Se laisser envelopper

Poser sa tête sur une épaule


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13-01-2010, 13:22:31
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Aération : Ecce homo

ECCE HOMO

A Serge G, canular

Et ouais c'est moi Rimbard
Élève d'Izambard
Soi-disant communard
Combinard au Harar

Admirant, du bagnard
Le glorieux tintamarre
Alchimiste braillard
D'un enfer illusoire

Et larguant les amarres
D'un bateau si soiffard
Le poète vasouillard
Du Palais-Promontoire

Enchaînant les déboires
Dans de lointains comptoirs
Expirant au mouroir
Du service Aphinar

Illuminé Rimbard ?
Ou génial scribouillard ?
Ou baissant son falzar
Au dernier lupanar ?

Faut-il vraiment y croire
A toutes ces histoires ?
"Ce que l'homme a cru voir"…
Cass'-têt' pour sorbonnards …

C'est loin dans ma mémoire
Ça des bobards ? … faut voir …
Dans les azurs blafards
Je rêve d'un départ.


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13-01-2010, 13:21:38
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12-01-2010

La belle noiseuse

Souvent le processus se déroule de manière assez fluide. Je n'ai qu'à plonger en moi ("Diving into the wreck") et à rester quelques minutes avec le sens corporel pour qu'une image surgisse et que le processus se mette en marche.

Parfois, cependant, rien n'émerge et commencent alors de longues, patientes et fastidieuses tentatives, faites d'essais et d'erreurs. F. compare cette approche au travail d'un chercheur ; je préfère y voir la démarche du peintre dans La belle noiseuse de Rivette, toujours insatisfait de ses esquisses et ses croquis sans cesse recommencés.


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12-01-2010, 19:22:36
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